La cave aux poupées (Magali Collet)

« Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge. En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé. Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale… Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.« 

EDITIONS TAURNADA – 211 PAGES

« La Cave aux Poupées », c’est un roman noir, très noir, un drame familial qui tourne au cauchemar.

C’est l’histoire de Manon, victime elle aussi mais également bourreau, qui vit au fin fond de la forêt et qui, on l’aura compris, n’a pas une vie tout à fait normale. Nul besoin d’en dire trop, au risque d’en dévoiler plus que nécessaire.

C’est un roman sombre, violent, avec une ambiance pesante et vraiment malaisante, qui m’a retourné les tripes et le cœur au point de me laisser un goût amer, m’empêchant soudain de savoir quelle allait être ma prochaine lecture. Une véritable petite pépite du genre.

La goûteuse d’Hitler (Rosella Postorino)

« 1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. 

Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. 

Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.

Couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello, ce roman saisissant est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk. Rosella Postorino signe un texte envoûtant qui, en explorant l’ambiguïté des relations, interroge ce que signifie être et rester humain. »

ALBIN MICHEL – 382 PAGES

Dans les remerciements de l’auteur, nous apprenons qu’alors qu’elle avait enfin retrouvé la trace ce Margot Wölk en 2014, dernière goûteuse encore en vie à cette date là, cette dernière est malheureusement décédée, avant même d’avoir pu livrer sa propre histoire. Ce roman est donc issu d’une histoire vraie et c’est ce qui lui donne toute sa richesse.

Nous allons suivre le destin de Rosa, mais également celui de ces femmes qui, comme elles, sont contraintes de risquer leur vie pour tenter de protéger celle d’Hitler. Chaque jour, Rosa et ses compagnes d’infortune doivent goûter aux mets préparés par le cuisiner avant qu’ils soient servis à Hitler. C’est avec appréhension qu’elles prennent chaque bouchée, ne sachant pas si ce sera le dernière et vivant chaque repas avec cette épée de Damoclès au dessus de leur tête. Leurs craintes créent forcément des tensions au sein du groupe et les relations entre elle ne sont pas toujours au beau fixe. Cette dimension humaine apporte à ce roman une profondeur supplémentaire.

Je suis ravie d’avoir pu découvrir cette histoire. C’est toujours très intéressant d’avoir une vision de la guerre différente d’un champ de bataille et de voir ce qui se passe en quelques sorte dans les coulisses. Ce roman est enrichissant et intéressant autant d’un point de vue historique qu’humain, parce qu’en dehors de la mission qui leur est confiée, ces femmes finiront par tisser des relations particulières, certaines dans l’animosité, d’autres plutôt amicales.

Journal d’un vampire en pyjama (Mathias Malzieu)

« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. » – Mathias Malzieu

ALBIN MICHEL – 240 PAGES

Sans doute le roman le plus autobiographique de Mathias Malzieu, et pourtant pas celui que je vais préférer. L’écriture y est tout aussi poétique que ses autres romans, mais cette immersion dans le milieu médical m’a quelque peu dérangée. Car Mathias Malzieu nous livre ici toute une année de sa vie, certainement la pire, celle de la découverte de sa maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse, son hospitalisation, les examens à répétition, la chambre stérile, les contraintes et les sacrifices, aussi bien personnels et affectifs que professionnels.

A travers un journal plus qu’intime, l’auteur met de jolis mots sur ses maux et nous conte avec douceur les épreuves par lesquels il est passé durant ces quelques mois, nous livrant ainsi à cœur ouvert ses craintes, ses angoisses, ainsi que celles de ses proches. 

C’est vraiment très bien écrit, et je ne remets absolument pas ça en doute. C’est indéniable, Mathias Malzieu a le don pour enrober de douceur ces choses les moins belles et les plus difficiles, comme si il suffisait de manger de la guimauve après être tombé sur un cactus pour voir la vie plus belle et moins dure.

Les éveillés (J. Camut & N. Hug)

« Infirmière dans un centre pour polytraumatisés, Élise souffre depuis des mois d’insomnie. Dans le service, les gens racontent qu’elle a le don de réveiller les comateux. Cela semble impossible… et pourtant. Élise a ranimé Stanislas Opalikha. Lorsqu’elle est enlevée par ce redoutable assassin, c’est un inconnu guidé par d’effrayantes visions qui va retrouver leurs traces. un terrible compte à rebours commence alors, suscitant des questions aussi redoutées que fascinantes. Qui sont les éveillés, ces femmes et ces hommes dont les origines semblent remonter à la nuit des temps ? Un conte initiatique, entre rêve et réalité… »

LE LIVRE DE POCHE – 535 PAGES

Outre l’intrigue policière bien présente, le principal sujet traité est onirique. En effet, les auteurs nous plongent ici dans le thème du sommeil et dans les rêves. On sent que de véritables recherches ont été effectuées tant le sujet est poussé. Mais nous sommes également au porte du surnaturel, au travers des visions de certains des protagonistes, très présentes et très détaillées, nécessaires à la construction de l’intrigue. C’est un sujet abordé de manière très intéressante, avec une approche médicale mais également spirituelle.

Concernant l’enquête policière en elle-même, là aussi la construction est intéressante. Si à la disparition d’Élise nous connaissons déjà l’identité de son ravisseur ainsi que ses intentions, cela n’enlève rien au côté haletant du travail des policiers pour la retrouver. La personnalité de Stanislas Opalikha est complexe et bien étudiée. Sa présence rend l’ambiance malaisante tant son esprit est dérangé. Et lorsque un homme débarque en plein milieu de l’enquête, affirmant avoir vu Elise en rêve et certain de détenir des éléments pour la retrouver, tous les soupçons se tournent vers lui. Ses convictions vont pourtant déstabiliser l’enquêteur en charge de l’enquête.

Il y a également tout un pan historique dans ce roman, ainsi que des secrets familiaux révélés sur des générations à travers les siècles, ce qui apporte un véritable plus. Tout est finalement relié par un fil rouge : le sommeil, les rêves et les visions qui en découlent. Elise, Stanislas et ce mystérieux inconnu sont tous trois liés par ces visions étranges. Mais pourquoi ? C’est ce qu’ils vont tous trois s’efforcer de comprendre, quoi qu’il puisse leur en coûter.

Pour peu que vous vous intéressez aux domaines du sommeil et des rêves, je ne peux que vous conseiller de lire ce roman. Jérôme Camut et Nathalie Hug ont vraiment un don pour nous plonger en immersion dans l’esprit humain, avec tout ce qu’il comporte de complexe et de sombre.

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (Virginie Grimaldi)

« Je ne t’aime plus. »
Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule.
Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au moment où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer.
Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.

EDITIONS FAYARD – 459 PAGES

Si le pitch de départ fait penser à tous ces romans feel-good que nous voyons passer partout, c’est sans compter sur l’immense sensibilité avec laquelle Virginie Grimaldi aborde certains sujets. Car il ne s’agit pas seulement d’un roman qui fait du bien. Il s’agit aussi et surtout d’une véritable intrusion au sein des émotions de Pauline, mais également de chaque membre de sa famille : ses parents d’abord, mais aussi sa soeur et son frère. Nous plongeons au coeur de secrets familiaux et tous les membres de cette famille, sans exception, ont des choses à cacher et à nous révéler.

J’ai adoré cette lecture qui m’a littéralement bouleversée, au point de me faire verser des torrents de larmes. L’auteure a ce don de toucher notre corde sensible tout en douceur, et ça marche merveilleusement bien. De petites querelles familiales en malentendus, de révélations en réconciliations, c’est l’histoire d’une reconstruction qui nous est contée.

Pour illustrer cette chronique, voici quelques citations que j’ai retenues :

« L’ivresse, c’est l’endroit où vont ceux qui ne veulent être nulle part. C’est l’endroit où on peut mourir un peu, mais pas tout à fait ».

« La douleur, c’est comme un boomerang. Si on essaye de l’envoyer loin de soi, elle nous revient en pleine tête. On peut faire comme si elle n’existait pas, essayer de la faire taire, mais elle reste là, tapie, latente, à attendre la moindre faille pour se diffuser dans nos veines. »

« Ce n’est pas parce que ça ne se termine pas comme vous le voulez que cela ne se termine pas bien. »

Ceux qui restent (Jane Casey)

« Deux adolescents disparaissent à 16 ans d’intervalle sous les yeux d’un seul et même témoin. Sarah n’était qu’une enfant quand son frère Charlie a disparu ; elle est la dernière à l’avoir vu.
Seize ans plus tard, dans la même ville, le cauchemar de son enfance resurgit : Sarah découvre le corps d’une de ses élèves dans les bois. Alors que les policiers tentent de trouver l’assasin, elle décide de rouvrir en parallèle l’enquête sur la disparition de son frère. Les deux affaires sont-elles liées ? Sarah est-elle en danger ?
« 

EDITIONS FRANCE LOISIRS – 556 PAGES

Ce roman policier est intéressant, même si l’histoire n’a pas vraiment grand chose de trépidant. Nous sommes loin du thriller ou du polar haletant et la romance sous-jacente donne l’impression d’un scénario digne d’un téléfilm. Mais, ma foi, il se lit plutôt bien. Le passé douloureux de Sarah apporte un petit plus. Nous faisons régulièrement des bonds en arrière et découvrons ce que Sarah a traversé durant son enfance, depuis la disparition de son frère : sa lutte acharnée pour se faire aimer de sa mère, la confiance de cette dernière envers sa fille réduite à néant, le départ de son père. Autant d’éléments qui ont fragilisée l’enfant qu’elle était et qui ont forgé sa personnalité.

Concernant le meurtre de Jenny, les suspects ne manquent pas et Sarah en devient totalement paranoïaque. Soutenue par le policier en charge de l’enquête, Sarah va tenter de s’effacer pour ne pas passer elle-même du côté des suspects, notamment aux yeux des parents d’élèves et des journalistes. Persuadée que cet homicide est lié à la disparition de son frère 16 ans plus tôt, Sarah va remuer le passé pour tenter d’obtenir enfin des réponses, jusqu’à se mettre en danger, et va mettre à jour une sordide vérité. Connaît-on vraiment les gens qui nous entourent ? La question se pose tout au long du roman et le doute plane.