1991 (Franck Thilliez)

EDITIONS FLEUVE NOIR (2021) – 498 PAGES

LU : 7/06/2021 – 11/06/2021

La première enquête de Franck Sharko !

En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien. L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau. Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.
Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac. Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Enorme coup de coeur pour ce roman !

Quel ne fut pas mon plaisir de retrouver Franck Sharko dans une nouvelle enquête, et pas des moindres ! Franck Thilliez nous emmène ici dans les années 90, où nous écoutions nos titres préférés sur des cassettes, où les services de police n’en étaient pas encore aux traitements informatiques des affaires criminelles, où il fallait trouver une cabine téléphonique en cas d’urgence. On en oublierai presque que ce n’est pas si loin. Outre le fait que l’auteur nous fait traverser le pire à travers cette enquête, c’est une véritable rétrospective. Ce qui m’a beaucoup plu, c’est de rencontrer le jeune Franck Sharko, celui qui vient à peine d’intégrer le groupe du 36, avec sa récente expérience et son regard neuf sur la noirceur de ce monde. Ce Sharko qui, depuis des années, nous entraîne dans son sillage pour résoudre d’atroces énigmes, celui que nous avons connu déjà expérimenté et malmené par la vie dans « Train d’enfer pour ange rouge ». J’ai vraiment adoré découvrir de nouvelles facettes de ce personnage haut en couleur et à la personnalité tellement torturée, l’un de mes flics français préféré, si ce n’est le seul, parmi tous ceux de la littérature du genre.

C’est donc à nouveau au travers d’une intrigue sordide et sur les traces d’un criminel au lourd passé familial que nous suivons l’évolution de ce jeune Franck Sharko. Comme à son habitude, l’auteur nous plonge dans une enquête haletante et le lecteur est en totale immersion. C’est un roman addictif dont on a envie de connaître le dénouement tout au long de notre lecture. Un véritable page turner, et une énorme réussite.

Blossom Spring Challenge 2021

Cette année encore, j’ai participé au Bloom Spring Challenge organisé par Priscila et Gabrielle, du compte Le Boudoir.

Ce challenge printanier s’est déroulé du 1er mars au 31 mai 2021 et comportait 4 menus, chacun divisés en trois catégories, que voici :

Alors évidemment, j’avais prévu quelques titres dans une PAL de départ, mais je l’ai pas mal modifiée en cours de route. Voici donc de que j’ai lu pour ce challenge :

PRINTEMPS FLORISSANT

Pour la catégorie « La promenade aux coquelicots » (lire une histoire se déroulant au printemps ou un livre à la couverture fleurie), j’ai choisi de lire « La saveur du printemps » de Emilie Richards, qui rentrait parfaitement dans le thème au vu de son titre. Pour l’histoire : nous sommes ici aux côté de Cristy, une jeune femme qui a purgé une peine de prison de huits mois pour un vol qu’elle n’a pas commis. A sa sortie, Cristy va être aidée et soutenue par plusieurs femmes qui vont croiser sa route, notamment Georgia, proviseur d’un lycée de la région de Bunscombe. C’est un roman qui parle d’amour et d’amitié, mais pas que. J’ai adoré la douceur et la fraîcheur de l’histoire et la plume de l’auteure l’est tout autant.

Pour la catégorie « Le jardin aux secrets » (lire une romance, une intrigue familiale, un roman fait d’illusions et de faux semblants, ou un page turner), mon choix s’est arrêté sur « Raisons obscures » d’Amélie Antoine. C’est l’histoire de deux familles que tout oppose et qui pourtant vont être liées par un terrible secret et un évènement pour le moins tragique. Mon choix s’est immédiatement porté sur ce roman lorsque, sur la quatrième de couverture, j’ai lu « un roman sur les non-dits, les faux semblants, et ce regard que, parfois, non ne sait pas toujours porter autour de soi ». Il ne m’en fallait pas plus, et je ne suis pas déçue. J’ai été touchée en plein coeur par l’histoire de ces deux familles. Un roman dur mais nécessaire, qui parle de harcèlement scolaire.

Pour la catégorie « Mauvaises herbes » (lire un livre dit de mauvais genre : SFFF/policier, graphique), j’ai lu « Les anges gardiens » de Kristina Ohlson, la troisième enquête d’Alex Recht et Fredrika Bergman. C’est un roman policier suédois, mettant en scène des inspecteurs de police à la vie tourmentée (et j’adore ça). On les retrouve ici plongés dans une affaire de meurtre sordide où sont déterrés des cadavres mais aussi des secrets. Un véritable page turner.

UN VENT D’AIR FRAIS

Pour la catégorie « L’envol du papillon » (feel good, développement personnel, réflexion ou essai), j’ai lu « La vie en Ose » de Lisa Azuelos, que j’ai eu la chance de découvrir grâce à l’équipe du compte TheBookTrotters sur Instagram. J’aime beaucoup les romans de développement personnel, mais j’avoue avoir eu un peu de mal à m’identifier dans celui-ci. C’est l’histoire d’Alice, une cinquantenaire divorcée depuis peu, qui se retrouve seule dans après le départ de sa fille cadette. Elle décide de changer de vie et, pour ce faire, change de job, mais rien ne va dérouler selon ses attentes. Une lecture plaisante, mais sans plus.

Pour la catégorie « Over the Rainbow » (lire une fiction ou un essai avec une minorité opprimée), j’avais d’abord mis dans ma PAL « Le noir est une couleur » de Grisélidis Real, qui semblait intéressant puisque autobiographique. Grisélidis nous raconte sa fuite avec ses deux enfants, dans une Allemagne des années 60, aux côtés de son amant noir américain tout droit sorti d’un asile psychiatrique. Par contre, je n’ai pas du tout adhéré au style de l’auteure. J’ai donc laissé tomber et je me suis tournée vers un roman de Jodi Picoult, « A fleur de peau« , qui a été un véritable coup de coeur. Nous suivons Jacob, un jeune autiste accusé de meurtre. L’auteure nous livre ici un récit très émouvant sur le handicap, la difficulté d’élever un enfant différent, mais aussi sur les failles du système judiciaire, pas du tout adapté pour ce type de public. C’était une magnifique lecture, qui m’a énormément touchée.

J’ai ensuite lu les tomes 4 et 5 de la saga « Miss Peregrine et les enfants particuliers« , et je pense pourvoir valider avec ces deux romans la catégorie « Collines au crépuscule« , puisqu’il fallait lire ici le dernier tome d’une série ou terminer une saga en cours. Alors certes, cette série fantastique compte 6 tomes, mais pour ma défense, la bibliothèque de mon village ne possède pas encore le dernier. Ok, j’ai un peu triché sur ce coup là, mais passons. Je ne vais pas vous parler de mon incroyable coup de coeur pour l’histoire des enfants particuliers dans cet article, mais j’adore l’univers, le style d’écriture de l’auteur, les personnalités des différents enfants. Bref, c’est une formidable saga et il me tarde d’en découvrir le dénouement final.

LAPIN DE PÂQUES

« La petite boulangerie du bout du monde » de Jenny Colgan entrait parfaitement dans la catégorie « Cupcake café » (lire un livre qui parle de sucreries, de gourmandises, qui se passe dans un café, une pâtisserie ou un salon de thé). Jenny Colgan est la mieux classée pour correspondre à cette catégorie avec ses romans qui tournent tous autour de la pâtisserie, de la cuisine. Nous suivons ici Polly qui, après une séparation et la faillite de son entreprise, vient se perdre au coeur d’un village des Cornouailles. Ce qu’elle pensait être une situation transitoire devient une véritable aventure humaine. J’ai beaucoup aimé cette histoire qui en plus d’être dépaysante était gourmande.

Dans la catégorie « Chasse aux oeufs« , j’ai lu un livre conseillé par un proche, en l’occurence ma petite soeur (Cocoon_reads) qui n’a pas arrêté de me harceler pour que je lise enfin « Carne« , de Julia Richard. Avec ce roman, je suis totalement sortie de ma zone de confort : une histoire de zombie, qui plus est écrite avec un humour décapant, WTF ! Contre toute attente, j’ai littéralement adoré. C’était déroutant et divertissant, totalement atypique, et ça a bien marché sur moi.

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi une BD pour la catégorie « Madeleine de Proust » (lire un livre jeunesse ou une relecture), qui n’était autre que le tome 4 des Carnets de Cerise. J’ai découvert les Carnets de Cerise il y a quelques mois et je suis totalement tombée sous le charme, de l’histoire de cette petite fille d’abord, de sa personnalité, mais aussi du superbe coup de crayon d’Aurélie Neyret. C’est tout doux, très émouvant, et c’est à chaque fois un très agréable moment passé en compagnie de Cerise et de ses proches.

ESCAPADE PRINTANIÈRE

Dans la catégorie « Au détour de la rivière » (lire un récit d’aventure, de voyage, une histoire se déroulant dans la nature), que choisir si ce n’est le troisième tome de Autre Monde, de Maxime Chattam, qui s’intitule « Le coeur de la terre« . Là aussi, j’ai eu un énorme coup de coeur pour cette saga fantastique/post apocalyptique il y a peu de temps, et c’est toujours un régal de suivre les aventures de Tobias, Matt et Ambre. Pour le speech de départ : nous sommes dans un monde post apocalyptique, où la nature a repris ses droits et où n’ont survécu que les enfants. Les adultes, eux, sont devenus soit des êtres méprisants et violents, soit ont totalement disparu. C’est une aventure merveilleuse, pleine de rebondissement, où l’on ne s’ennuie jamais.

Pour la catégorie « Rendez-vous en terme inconnue« , il fallait lire un roman dont l’histoire se déroule dans un autre pays, ou encore écrit par un auteur étranger. J’ai rempli cette catégorie haut la main avec « La maison où je suis mort autrefois« , un roman japonais de Keigo Higashino, qui m’intriguait fortement depuis qu’il avait rejoint ma PAL. C’est un huis clos surprenant, avec une ambiance pesante et malfaisante. Sayaka, jeune femme qui présente quelques troubles de la personnalité, part à la recherche des fantômes de son passé. Pour élucider le mystère qui plane autour de son histoire familiale, elle entraîne avec elle son ex petit ami, qui, selon elle, la connaît mieux que personne. J’ai beaucoup aimé le côté mystérieux de l’intrigue et le climat qui y règne.

Et enfin, dans la catégorie « Au bord du Tardis » (lire un roman dont l’histoire se passe à une autre époque), j’ai choisi de lire « La ferme du bout du monde » de Sarah Vaughan (que j’ai lu en lecture commune avec Séverine du compte Instagram Livresse_severine. C’est un roman à double temporalité. Nous sommes en 1939, aux côtés de Will et Alice, qui trouvent refuge dans une ferme pendant la guerre. Ils y vivent une enfance paisible jusqu’à ce qu’un évènement vienne tout bouleverser. Et puis nous sommes aussi en 2014, auprès de Lucy qui, après une déception sentimentale, rejoint la ferme de sa grand-mère. En voulant oublier ses problèmes, elle va malgré elle être projetée au coeur d’un secret familial enfoui depuis des décennies. C’était une superbe lecture. Le rythme est lent mais l’écriture est fluide, j’en ai savouré chaque instant.

En bref : ce fut pour moi une totale réussite que cette édition 2021 du Blossom Spring Challenge. Mis à part un abandon et quelque modifications dans ma PAL de départ, je n’ai eu aucune déception et j’ai même fait de jolies découvertes. Merci encore à Priscila et Gabrielle pour l’organisation de ce challenge, et à l’année prochaine !

Bilan Mai 2021

Au mois de mai, j’ai terminé « La conférence des oiseaux » de Ransom Riggs, le cinquième volet de la saga « Miss Peregrine et les enfants particuliers ». J’ai eu l’an dernier un véritable coup de coeur pour cette saga, dès le premier tome. Ce cinquième tome a donc été une très bonne lecture, pleine de rebondissements, et une fin hyper frustrante. Vivement le sixième et dernier tome !

J’ai eu la chance de découvrir la version graphique de « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » (Sophie Ruffieux et Lylian). Après avoir adoré le roman du même titre (de Raphaëlle Giordano), c’est un sans faute pour cette BD qui respecte à merveille le texte d’origine. Totale réussite.

Je me suis arrêtée dans « La maison où je suis mort autrefois » de Keigo Higashino. C’est un huis clos malaisant et surprenant, qui met en scène une jeune femme en quête de ses origines, qui va se rendre dans la maison de son enfance en compagnie de son ex petit ami. L’ambiance est sombre et pesante, et ça a marché avec moi.

Je me suis régalée avec « La petite boulangerie du bout du monde » de Jenny Colgan. Après une rupture et une faillite professionnelle, Polly se reconvertit dans la boulangerie dans un petit village perdu sur une ile des Cornouailles. Ce roman sent bon le pain, mais aussi l’amour et l’amitié, il ne m’en fallait pas plus pour savourer un bon moment de détente.

Puis il y a eu « Helena » de Jeremy Fell, un roman coup de poing d’une rare violence, qui m’a mis une sacré claque. On va suivre ici Hayley qui, partie pour un tournoi de golf, va tomber en panne au détour d’un village et qui va faire la connaissance de Norma, une mère de famille un peu particulière, sans compter sur ses enfants encore plus particuliers.

Je me suis plongée dans « A fleur de peau » de Jodi Picoult sans trop savoir où j’allais, et c’est une de mes plus belles lectures de Mai. Nous allons suivre la famille de Jacob, jeune adolescent atteint du syndrome d’Asperger, qui est accusé de meurtre. L’auteur nous emmène au coeur des émotions de chacun et nous livre ici un magnifique récit sur le handicap et la difficulté d’élever un enfant différent.

J’ai clos les aventures de Cerise avec son dernier carnet, « Des premières neiges aux perséides », et cette BD m’a beaucoup émue. J’ai adoré tous les tomes, mais celui ci en particulier. Les dessins sont si doux, l’histoire est si belle, c’était une lecture tendre et émouvante.

Je suis partie à l’aventure aux côtés de Matt, Ambre et Tobias, avec « Le coeur de la Terre« , le troisième tome de la saga Autre Monde de Maxime Chattam. Ici aussi, cette saga fantastique et post-apocalyptique est un véritable coup de coeur. C’est toujours un plaisir de retrouver nos trois principaux protagonistes et de les voir évoluer. Ce troisième tome ne manque pas d’action, et j’ai adoré ma lecture.

Et pour finir, j’ai commencé fin Mai « Crimes et déluges », le douzième tome des aventures d’Agatha Raisin, de M.C. Beaton. Ce n’est pas transcendant et je trouvais Agatha un peu agaçante dans les tomes précédents, sa vie privée tourne un peu en rond. Mais ses aventures rocambolesques sont drôles, elle a toujours le chic pour mettre son nez là où il ne faut pas, ce qui lui attire bien souvent des ennuis. C’est parfait pour une lecture de transition, un petit livre sans prise de tête qui se lit très vite.

Les derniers jours de Rabbit Hayes (Anna McPartlin)

POCKET (2017) – 475 PAGES

LU : 2.06.2021 – 6.06.2021

« Neuf jours. C’est ce qu’il reste à vivre à Mia Hayes, surnommée affectueusement  » Rabbit « . Neuf jours, après plusieurs mois de combat – parce que Rabbit est une battante, une Irlandaise bien trempée.
À son chevet, famille et proches se relaient en un joyeux ballet de souvenirs. Entre silences, gaffes et fous rires, toute la vie de Rabbit ressurgit alors : l’enfance, l’adolescence, Johnny son grand amour, et Juliet, sa fille de 12 ans – une certaine idée du bonheur… Au fil des jours, tous s’interrogent sur leur vie et accompagnent Rabbit dans un voyage émotionnel d’une grande intensité. Quel meilleur bagage pour partir vers la lumière ? »

Un roman magnifique qu’il faut lire absolument.

Que dire de ce roman, à part que c’est un énorme, énorme coup de coeur. Je me suis lancée dans la lecture des Derniers jours de Rabbit Hayes avec beaucoup d’appréhension. J’en avais entendu parler sur les réseaux sociaux, et tous/toutes se rejoignaient pour dire que c’est un roman très émouvant et qu’il fallait prévoir les mouchoirs. Je me suis donc laissée tenter, et je ne suis pas déçue, bien au contraire.

Dès les premières pages, nous savons exactement dans quoi nous mettons les pieds : Rabbit va mourir. Atteinte d’un cancer en phase terminale, Rabbit, de son véritable prénom Mia, n’a plus que quelques jours à vivre. Nous suivons donc pendant ces neuf jours la rapide progression de la maladie de Rabbit, mais aussi et surtout les différents états d’âme par lesquels passent ses proches. Tous sont réunis autour d’elle : ses parents, ses frère et soeur, sa fille aussi, ses neveux, ses amis. A travers eux, nous réalisons combien il est difficile d’accompagner un proche dans la maladie, mais nous allons surtout observer tous les sentiments par lesquels ils passent. De la colère à la tristesse, en passant par les regrets et le sentiment d’injustice, nous suivons Rabbit et ses proches dans des flash back de souvenirs, ce qui nous permets de mieux cerner chacun des personnages.

J’ai adoré cette lecture, aussi douce que douloureuse. C’est étrange de dire qu’on apprécie autant un livre qui traite d’un sujet aussi dur, mais pourtant c’est bien le cas. L’auteur nous emmène au delà de ce que nous pouvons imaginer. Nous avons tous déjà été, malheureusement, de près ou de loin, confrontés à la maladie et à la mort. Nous sommes tous susceptibles de nous identifier à cette famille si durement malmenée par la vie. C’est une terrible épreuve, mais Anna McPartlin met énormément de douceur dans ses mots. J’ai ressenti tellement d’affection pour chacun des personnages. J’ai eu envie plus d’une fois d’être auprès d’eux, de leur tenir la main ou de les serrer dans mes bras, pouvoir leur dire que tout ira bien. C’est avec beaucoup de tristesse que je les ai quitté à la fin du roman, comme si je laissais là ma propre famille.

A fleur de peau (Jodi Picoult)

MICHEL LAFON POCHE (2018) – 652 PAGES

LU : 16.05.2021-24.05.2021

« Quand votre fils ne vous regarde jamais dans les yeux… comment savoir s’il est coupable ?
Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne se passionne que pour la criminologie. Lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, il devient le suspect idéal. Enfermé dans sa bulle, Jacob est incapable de se défendre. Sa mère et son frère décident alors de se battre face à l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille. »

Jodi Picoult nous fait vivre aux côtés d’une famille atypique. Nous sommes en immersion dans les émotions de chacun des personnages, sans détour. Emma est une mère célibataire. Elle élève seule ses deux enfants, Jacob et Théo, depuis que leur père les a quittés alors que Théo n’avait que quelques mois. Leur couple n’aurait pas survécu aux conséquences du syndrome Asperger dont souffre Jacob. Depuis, Emma n’a eu de cesse de palier à l’absence paternelle, mettant sa vie de femme et sa vie professionnelle entre parenthèses pour se consacrer corps et âme au bien-être de ses enfants, mais surtout à celui de Jacob. Parce qu’élever seule un enfant autiste, ce n’est pas rien. Alors lorsque son fils, Jacob, est accusé de meurtre, c’est toute sa vie qui bascule, et le semblant d’équilibre familial qu’elle avait réussi à créer s’écroule comme un château de cartes.

Jacob est un jeune homme atteint du syndrome d’Asperger. Il a d’énormes difficultés à créer du lien social avec autrui, mais est doté d’une intelligence exceptionnelle et d’un sens de l’observation hors du commun. Passionné de criminologie, il regarde en boucle des épisodes de son émission préférée intitulée « Crime Busters » et prend des notes à n’en plus finir, sa passion le menant même à se rendre sur des scènes de crime et ainsi se faire remarquer par la police. C’est ainsi qu’il va se retrouver malgré lui accusé de meurtre, lorsqu’une jeune femme est portée disparue et que son corps est finalement retrouvé, portant de multiples contusions. Tout porte à croire que Jacob est coupable et nous allons suivre son procès tout au long du roman, avec tout ce que ça engendre et implique comme bouleversements pour lui, mais aussi pour tout le reste de la famille.

Mais qu’en est il de Théo, le cadet, le deuxième, l’enfant qui est venu après ? C’est un adolescent de prime abord tout ce qu’il y a de plus normal, avec des humeurs changeantes et un côté solitaire. Pourtant, sous ses airs de rebelle, Théo souffre également de la situation, lui qui a toujours joué au grand frère alors que les rôles auraient dû être inversés. En manque d’affection et de reconnaissance, Théo a toujours secrètement espéré que Jacob n’ait jamais été différent.

C’est un roman chorale où chaque chapitre nous plonge dans les pensées d’un personnage. Nous avons donc le point de vue d’Emma, la mère, de Jacob, l’accusé, et de Théo, le frère cadet. Mais nous sommes aussi amenés à suivre Oliver, l’avocat de la famille, et Rich, le policier qui a mis Jacob en état d’arrestation. Ce qui a rendu très intéressant le déroulement du roman, c’est de pouvoir voir la situation à travers les yeux de chacun et d’avoir le point de vue de personnes qui se positionnent toutes différemment.

L’auteure nous livre ici une histoire familiale magnifique, tant dans sa fragilité que dans sa force. Avoir un enfant atteint d’autisme (ou de tout autre handicap) implique énormément de sacrifices. Mais en être le frère est tout aussi difficile et douloureux. Nous en apprenons beaucoup sur les symptômes du syndrome Asperger, mais aussi sur ses conséquences (attention, il existe de multiples symptômes, tous les autistes n’ont pas les mêmes comportements ou réactions que Jacob). Les chapitres du point de vue de Jacob sont très immersifs et nous permettent de mieux comprendre ce qu’un autiste peut ressentir. Le point de vue de Théo, le frère, est également très intéressant. Il nous permet de voir à quel point il est difficile de vivre avec un frère ou une soeur porteur de handicap. Nous sommes également renseignés sur les rouages de la justice au travers de cette histoire, et voir à quel point le juge et les forces de l’ordre manquent d’empathie au sujet de Jacob nous prouve que le système est défaillant. Nous parlons ici d’un roman qui a été écrit en 2010, et j’ose espérer que les choses ont changé depuis.

C’était une très belle lecture, à laquelle il m’est arrivé de m’identifier à certains passages. Parce que oui, élever un enfant différent, c’est douloureux, c’est compliqué, et c’est épuisant. Elever un enfant différent, c’est se perdre un peu soi-même.

Pour finir, j’ai envie de citer quelques passages :

« Les mères sont censées soutenir leurs enfants. Les mères sont censées croire en leurs enfants, quoi qu’il advienne. Les mères se mentiront, s’il le faut, pour épauler leurs enfants. »

« On peut penser que moi aussi je suis différente. J’ai volontairement sacrifié mon avenir à celui de Jacob, renoncé à toute opportunité personnel afin de faciliter le quotidien de mon fils. J’ai laissé toutes mes relations partir à vau-l’eau, à l’exception de celle que j’ai bâtie avec Jacob. J’ai fait des choix que d’autres femmes n’auraient jamais faits. Au mieux, cela faisait de moi une mère courageuse. Au pire, une obstinée. »

Helena (Jeremy Fel)

RIVAGES POCHE (2019) – 730 PAGES

LU : 9.05.2021-15.05.2021

« Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent.
La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue.
Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial.
Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire.
Et il y a Helena
… »

Un thriller psychologique violent et déstabilisant.

Pas très judicieux de rédiger sa chronique à chaud, avec autant de questions restées sans réponses et une ambivalence sur ses ressentis. Mais je vais m’efforcer de faire au mieux.

Helena, c’est 730 pages qui se dévorent, qu’on ne voit pas passer. Helena, c’est un thriller psychologique d’une rare violence. Helena, c’est aussi l’apologie de la maternité, de celle qui vous transforme et vous rend capable de tout ou au contraire vous empêche de vous accomplir. Helena, c’est également le tableau d’une jeunesse perdue, qui fonce tête baissée dans les plaisirs du sexe et de la drogue, et bien souvent dans les ennuis. Helena, c’est être confronté à des thèmes qui dérangent, comme la pédophilie et la maltraitance. Helena, c’est des personnages torturés et qui torturent. Mais Helena, c’est surtout celle que l’on cherche au fil des pages et que l’on ne rencontre pas avant la fin. Et c’est là que le bât blesse. Parce que je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi le choix de ce titre, pourquoi donner à ce roman le nom d’une personne qui n’apparaît qu’après 700 pages haletantes et pleines de rebondissements. Je n’arrive pas à faire le lien, j’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose, et je ne parviens pas à déterminer si c’est volontaire de la part de l’auteur ou si c’est moi qui ai raté le coche.

En bref : j’ai adoré ma lecture, vraiment, je n’ai pas réussi à lâcher ce roman totalement addictif et d’une extrême violence, tant psychologique que physique. Mais je reste très frustrée, avec cette impression que le soufflet est retombé un peu trop brutalement.